Votre dernière mammographie, c'était quand? La question s'étale en rose un peu partout en France, durant tout le mois d'octobre, jusque sur les étuis des baguettes des boulangeries. Pourtant le dogme du dépistage sans discussion, pour le cancer du sein, semble avoir vécu.
Un nombre grandissant de médecins et spécialistes, études à l'appui, remettent en cause les bienfaits de la politique des mammographies systématiques, sensées réduire de 20% à 30% la mortalité par cancer du sein.
La Grande-Bretagne, pionnière en la matière, a décidé l'an passé de revoir face aux critiques les preuves scientifiques justifiant sa politique actuelle de dépistage, à savoir une mammographie tous les trois ans pour les femmes de 50 à 70 ans.
En France, les actions --courses de bienfaisance Odyssea, Pic du midi illuminé en rose, etc.-- battent leur plein durant tout ce mois d'octobre rose consacré au dépistage du cancer du sein, sous l'égide de l'Institut national du cancer (Inca) et du ministère de la Santé.
Mais la tonalité n'est plus au dépistage coûte que coûte. Octobre rose est une campagne de sensibilisation, a souligné vendredi la ministre Marisol Touraine, avec une campagne assez simple et une question +A quand remonte votre dernière mammo?+ qui n'est pas inquisitoriale.
De même à la Ligue contre le Cancer, en première ligne pour la campagne, on insiste sur l'information éclairée et personnalisée délivrée lors du dépistage généralisé auquel sont invitées, depuis 2004, toutes les femmes de 50 à 74 ans au rythme d'une mammographie tous les deux ans.
Auteur du livre No mammo?, Rachel Campergue juge pourtant qu'il y a un gouffre entre les données scientifiques et cette campagne qui fait du surplace et qui est anachronique.
Surdiagnostics
Le slogan cette année, c'est +Vérifiez de quand date votre mammo+. Il faudrait le remplacer par +Vérifiez si une mammo c'est justifié+, a-t-elle lancé lors d'un débat organisé cette semaine par la revue médicale Prescrire.
Devenu grand pourfendeur des politiques de dépistage, le médecin chercheur danois Peter Gotzsche a confié lors de la même réunion: je ne comprends pas pourquoi tant de gens continuent de soutenir les campagnes de dépistage des cancers du sein.
Se basant principalement sur une étude réalisée au Danemark et l'analyse critique d'études internationales, ce professeur de l'université de Copenhague juge que le dépistage par mammographies présente au final plus de d'inconvénients que d'avantages, entraînant des surdiagnostics sur des cancers non symptomatiques qui n'auraient au final aucun effet sur la vie des femmes concernées.
Sur 2.000 femmes examinées pendant dix ans par mammographie, une seule bénéficiera vraiment du dépistage en évitant la mort par cancer du sein. Dix autres femmes en bonne santé seront diagnostiquées et traitées inutilement pour un cancer a-t-il expliqué.
Mais les campagnes de mammographies nationales sont installées depuis plusieurs années et il est bien difficile de faire marche arrière, note Philippe Mura, médecin généraliste et collaborateur de Prescrire.
Pour la psychologue et présidente d'honneur de l'association Europa Donna, Nicole Alby, le dépistage s'est installé dans un climat de croisade et si on l'interrompt de façon brutale, on va avoir une révolte de toutes ces femmes qui baignent depuis des années dans le sentiment que le dépistage est un sauveur.
Le responsable dépistage de la Ligue contre le cancer, Emmanuel Ricard, juge qu'il serait hasardeux de jeter la politique de dépistage organisé pour arriver à l'anarchie qu'on a aujourd'hui avec le dépistage du cancer de la prostate.
Source: www.romandie.com