PARIS - Arthrose, lombalgies, obésité, dépression : après des années de contestation, des études scientifiques attestent désormais de l'efficacité de la médecine thermale dans ces affections chroniques souvent mal prises en charge, selon les défenseurs de cette médecine.
Les preuves les plus marquantes ont été établies en rhumatologie, résume le professeur Christian-François Roques, président du conseil scientifique de l'Association française pour la recherche thermale (Afreth), avant les entretiens de Bichat qui consacreront jeudi, pour la première fois, un symposium à la médecine thermale.
Depuis 2007, 14 études réalisées dans cinq pays (France, Italie, Hongrie, Turquie, Israël) ont démontré l'intérêt de la cure thermale dans le traitement de l'arthrose du genou.
Selon le Pr Roques, l'étude la plus concluante, réalisée en France en 2008-2009 sur 460 patients de plusieurs stations thermales, a permis de montrer une diminution de la douleur ainsi qu'une augmentation de la capacité fonctionnelle pendant une durée de 6 à 9 mois chez les curistes. Ces derniers étaient comparés à un groupe témoin effectuant des exercices à domicile.
L'enjeu est de taille en France où plus de 500.000 cures thermales sont prises en charge chaque année par l'Assurance maladie, dont 380.000 dans le domaine de la rhumatologie (160.000 pour des arthroses du genou).
Les cures, qui durent généralement 18 jours, coûtent en moyenne 500 à 600 euros à l'Assurance maladie qui ne rembourse que 65% des soins thermaux, le reste des frais incluant l'hébergement et la nourriture (1.000 à 1.500 euros) étant à la charge du curiste.
Très structurée autour des soins, la médecine thermale laisse en revanche peu de place au thermoludisme - une version loisir du thermalisme insistant sur le bien-être - qui ne représente encore que 5% des clients des stations thermales françaises, contrairement à ce qui se passe dans des pays comme le Japon, la Suisse ou l'Allemagne. Dans ce dernier pays, le thermoludisme est de surcroît nettement plus abordable qu'en France.
Mieux que les anti-dépresseurs
Le thermalisme a sa place là où il n'y a pas de traitement curatif durable, commente le Dr Romain Forestier, rhumatologue à Aix-les-Bains qui cite précisément l'arthrose. Les douleurs de l'arthrose peuvent être soulagées, notamment par des médicaments anti-inflammatoires qui ne sont pas toujours bien tolérés, contrairement à la cure thermale qui a peu d'effets secondaires, ajoute-t-il.
Au delà de l'arthrose, les études montrent l'intérêt de la médecine thermale dans le traitement des lombalgies, du surpoids, en dermatologie, dans les suites de soins, les troubles veineux, le stress, le burn-out et les troubles anxieux.
Une étude française en 2010 a montré que la cure était beaucoup plus efficace que la prise d'anti-dépresseurs, selon le Pr Roques, avec une amélioration des troubles anxieux deux fois plus importante chez les curistes que chez les malades prenant des anti-dépresseurs. La cure permet une prise en charge du malade de manière globale explique-t-il.
Dans le domaine de l'obésité, une étude a été réalisée en 2007-2008 par le Dr Thierry Hanh, nutritionniste, sur 257 patients obèses ou en surpoids : au bout de 14 mois, le groupe des curistes avait perdu 5 kilos contre 0,6 à 1 kg pour le groupe témoin, soumis à un simple régime alimentaire restrictif, selon des résultats en cours de publication.
Aucune étude française n'a en revanche comparé l'efficacité de l'eau thermale à celle d'une banale eau chaude, ni vérifié si les bienfaits attribués à une eau thermale donnée étaient directement liés à sa composition chimique.
Source: www.romandie.com